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Sur la méthode de Héron1Illustration de la méthode
La méthode peut sembler magique. Pour obtenir une valeur approchée de la racine carrée d'un nombre positif a, il suffit de considérer le premier carré parfait b supérieur à a.
Le nombre rationnel 21(b+ba) est alors une meilleure approximation de a que b (qui est un entier).
Si on veut une meilleure approximation on effectue les mêmes opérations en remplaçant b par le résultat obtenu à l'étape précédente.
Suivons la traduction du texte de Héron donnée par Jean-Luc Chabert dans Histoires d'algorithmes :
Puisque 720 n’a pas de côté rationnel, nous extrairons le côté avec une très petite différence de la façon suivante. Comme le premier nombre carré plus grand que 720 est 729 qui a pour côté 27, divise 720 par 27 ; cela fait 26 et 32 ; ajoute 27, cela fait 5332 ; prends-en la moitié, cela fait 262131 multiplié par lui-même donne 720361 , de sorte que la différence (sur les carrés) est 361. Si nous voulons rendre cette différence inférieure encore à 361 , nous mettrons 720361 trouvé tout à l’heure à la place de 729 et en procédant de la même façon...
Quelques explications
« Puisque 720 n’a pas de côté rationnel » veut dire que lorsqu'on image un carré dont l'aire vaut 720 alors son côté, qui mesure 720, est un nombre irrationnel.
« nous extrairons le côté avec une très petite différence de la façon suivante » : nous allons trouver une valeur approchée de 720 de la façon suivante.
On a 272=729 donc on considère un carré de côté de 27 qui a pour aire 729.
On effectue comme premier calcul : 27720=26+32.
On ajoute 27 à ce résultat : 26+32+27=53+32.
Et on divise par deux cette dernière valeur : 21(53+32)=26+21+31.
« de sorte que la différence (sur les carrés) est 361 » :
(26+21+31)2−720
=
(26+65)2−720
=
262+2×26×65+(65)2−720
=
676+3130+3625−720
=
361.
Héron nous dit donc que le carré dont le côté rationnel mesure 26+21+31 a une aire proche, à 361 près, du carré de côté irationnel 720.
Si on veut avoir une meilleure précision on réitère cette méthode non pas en utilisant 27=729 mais 26+21+31. Le mathématicien affirme alors que la précision va augmenter à chaque étape.
2Explications géométriques de la méthode de Héron
La méthode présentée précédemment peut paraître magique. On divise par 27, on ajoute 27 et on divise par 2. Cependant, à l'époque de Héron (Ier siècle après J.-C) et encore pour des siècles, toute opération arithmétique doit se justifier par des constructions géométriques.
Jean Dieudonné propose dans son ouvrage Pour l'honneur de l'esprit humain une construction justifiant les calculs de Héron dont s'inspire les explications qui suivent.
0,0
A
B
C
D
E
F
On considère un carré ABCD dont l'aire vaut a et donc le côté mesure a.
On prolonge les côtés [BC] et [AD] pour obtenir un rectangle ABEF dont l'aire est supérieur à a mais dont le côté [AF] a pour mesure un rationnel r.
0,0
A
B
C
D
E
F
A
J
J'
On construit la médiatrice du segment [AE]. Elle coupe la droite [AF] en J. Le point J′ est tel que AJJ′B soit un rectangle.
Nous allons alors démontrer que la longueur du côté [AJ] du rectangle ABJ′J s'obtient par les calculs énoncés par Héron.
Première étape : le point J appartient à [DF].
En effet, rien dans la construction ne nous assure que J∈[DF].
Nous allons utiliser ici la définition de la médiatrice de [AE] comme ensemble des points équidistants à A et E qui découpe le plan en deux parties : une dont les points sont plus proches de A et l'autre dont les points sont plus proches de E.
On a FA=FD+DA et DA=FE donc FA=FD+FE ce qui donne FA>FE.
Ainsi, le point F est plus proche de E que de A.
Par ailleurs, le triangle DEF étant rectangle en F on a DE>FE. Or FE=DA, donc DE>DA.
Le point D est plus proche de A que de E.
Par construction les points D, J et F sont alignés mais d'après ce qui précéde D et F ne sont pas du même côté de la médiatrice de [AE]. Ainsi, le point J qui appartient à cette médiatrice est bien sur le segment [DF].
Deuxième étape : détermination de AJ
0,0
A
B
C
D
E
F
A
J
B
K
On trace la parallèle à la médiatrice de [AE] passant par E. Elle coupe la droite (AD) en K.
Puisque la médiatrice de [AE] coupe ce côté en son milieu, d'après le théorème de Thalès appliqué dans le triangle AEK, J est le milieu de [AK] et donc AJ=21AK.
De plus, AK=AF+FK=r+FK, r étant la mesure de [AF].
Dans le triangle rectangle AEK, [EF] est la hauteur issue de E, donc EF2=FA×FK (la propriété utilisée ici est démontrée en annexe de ce texte).
Or, FE2=a et donc FA×FK=a et FK=FAa=ra.
De plus, on a montré que AK=r+FK, donc AK=r+ra.
Et puisque AJ=21AK, on a finalement AJ=21(r+ra).
Cette construction nous permet donc bien d'obtenir la formule de Héron.
Par ailleurs, on a JE<JF+FE et JA=JE (J étant sur la médiatrice de [AE]) donc :
JA<JF+FE, c'est-à-dire JD+DA<JF+FE.
Et comme FE=DA on obtient : JD<JF.
Cela veut dire que J est plus proche de D que de F, donc que J est avant le milieu de [DF].
Ainsi, le surplus d'aire CDFE (par rapport à l'aire de ABCD) est réduit de plus que moitié à la deuxième étape avec le rectangle AJJ′B.
En réitirant le processus on obtient ainsi un surplus d'aire qui converge vers 0, et donc une construction géométrique dont un des côtés converge bien vers a.
3Explications analytiques
Soit a>1 et soit f la fonction définie sur ]0;+∞[ par f(x)=21(x+xa).
On définit la suite (un) par u0>0 et pour tout entier n∈N :
un+1=21(un+una).
L'objectif est de montrer que la suite (un) converge vers a et d'avoir une idée de la vitesse de convergence.
Étude de la fonction f
La fonction f est dérivable sur ]0;+∞[ et pour tout x de cet intervalle on a :
f′(x)=21(1−x2a)=2x2x2−a=2x2(x−a)(x+a).
Pour tout x>0, on a x+a>0 et 2x2>0, ainsi f′(x) est du signe de x−a et on obtient le tableau de variations suivant.
La suite (un) est strictement positive
On montre par récurrence que pour tout entier n, un>0.
Initialisation
Par définition u0>0.
Hérédité
On suppose que pour un certain entier n, un>0. On cherche alors à montrer que un+1>0.
On a un>0 et una>0 (car a>0). Ainsin pour tout entier n, un+1=21(un+una)>0.
Conclusion
D'après le principe de récurrence, pour tout entier n, un>0.
La suite (un) est décroissante
Dans l'étude de la fonction f, on a obtenu que pour tout x>0, f(x)≥a.
Or, pour tout entier n, un>0 et un+1=f(un). Ainsi, pour tout entier n, un≥a.
Remarque : Ce dernier résultat se démontre par une simple récurrence.
Pour tout entier n on a :
un+1−un
=
21(un+una)−un
=
21(un+una)−21×2un
=
21(un+una−2un)
=
21(una−un)
=
21(una−un2).
Or, un≥a et donc un2≥(a)2, puisque la fonction carrée est croissante sur [0;+∞[ et donc :
un2≥a ce qui donne a−un2≤0.
Ainsi, pour tout entier un+1−un≤0. La suite (un) est bien décroissante.
Convergence de la suite (un)
La suite (un) est décroissante et minorée par 0. Elle est donc convergente. On note ℓ sa limite.
La suite (un) vérifie pour tout entier n, un+1=f(un) avec la fonction f continue sur ]0;+∞[, ainsi, d'après le cours on a :
ℓ
=
f(ℓ)
ℓ
=
21(ℓ+ℓa)
2ℓ
=
ℓ+ℓa
0
=
ℓa−ℓ
ℓa−ℓ
=
0
ℓa−ℓ2
=
0
Ainsi, a−ℓ2=0 et ℓ≠0.
Or, a−ℓ2=0 si et seulement si ℓ2=a.
Et puisque ℓ>0, on a ℓ=a.
La suite (un) converge vers a.
Vitesse de convergence de la suite (un) vers a
Pour tout entier n on a :
un+1−a
=
21(un+una)−a
=
21(un+una)−21×2a
=
21(un+una−2a)
=
21(unun2+a−2una)
=
21un(un−a)2.
Or, pour tout entier n, un≥a avec a>1. Ainsi, un>1 et un1<1. Ce qui donne :
un+1−a<21(un−a)2.
Puisque (un) converge vers a, il existe un rang n0 à partir duquel, pour tout entier n≥n0, un−a<0,1.
D'après l'inégalité un+1−a<21un(un−a)2, on a alors :
un+1−a<21×0,01=0,005.
De manière générale, dès qu'un terme de la suite approche a avec une précision de 10−p, à l'étape suivante la précision sera encore meilleure que 0,5×10−2p.
Ceci signifie que dès que l'on a les p premiers chiffres dans l'écriture décimale de a, à l'étape suivante le nombre de chiffres exacts aura plus que doublé.
Algorithme
On peut tout d'abord vérifier le résultat précédent sur le nombre de décimales que permettent d'atteindre les premiers termes de la suite.
Reprenons l'exemple de Héron avec a=720 et u0=27.
On a alors, pour tout entier n, un+1=21(un+un720).
Dans le tableau ci-dessous toutes les valeurs sont arrondies à 10−12.
n
un
a
un−a
0
27
26,832815729997
0,167184270003
1
26,833333333333
26,832815729997
0,000517603336
2
26,83281573499
26,832815729997
0,000000004992
3
26,832815729997
26,832815729997
0
4
26,832815729997
26,832815729997
0
On remarque qu'à l'étape n=1 les deux premiers chiffres de l'écriture décimale sont exactes : 26,83.
À l'étape n=2 on obtient 7 chiffres : 26,8328157 et à l'étape n=3 la précision de la calculatrice de douze chiffres après la virgule est atteinte. La méthode est rapide !
4La méthode de Héron est une méthode de Newton
On rappelle que pour trouver une valeur approchée d'une solution α d'une équation f(x)=0, on peut construire, par récurrence, une suite à l'aide de la méthode dite de Newton avec un u0 « bien choisi » et pour tout entier n :
un+1=un−f′(un)f(un).
Cette méthode n'est pas toujours assurée de fonctionner, cela dépend des propriétés de la fonction f, cependant lorsque la suite est ainsi construite sa convergence vers α est rapide.
Pour a>1, et pour tout x>a, on pose f(x)=x2−a.
On construit alors la suite (un) définie par la méthode de Newton :
Nous retrouvons bien la formule de la méthode de Héron.
5AnnexeProperty 1
Soit ABC un triangle rectangle en A et H le pied de la hauteur issue de A.
0,0
A
B
C
D
H
On a alors : AH2=HB×HC.
Preuve n°1 : à l'aide des triangles semblables
Les triangles HBC et HAC sont semblables puisque, d'une part, les angles HBA et HAC sont de même mesure, ainsi que HAB et HCA. Les angles restants sont droits donc également de même mesure.
On a alors : HAHB=HCHA et à l'aide d'un produit en croix on obtient : HA2=HB×HC.
Preuve n°2 : à l'aide des formules de trigonmétrie
On utilise ici les mêmes égalités angulaires que précédemment : HBA=HAC=α et HAB=HCA=β.
On a donc α+β=90∘.
Dans le triangle rectangle ABH on a : HA=HBtan(α).
Dans le triangle rectangle AHC on a : HA=HCtan(β).
En multipliant ces deux égalité on obtient :
HA2=HB×HC×tan(α)tan(β).
En se plaçant dans le triangle ABH on a : tan(α)tan(β)=HBAH×AHHB=1.
Ainsi, on a bien :
HA2=HB×HC.