Le problème de Bâle1Présentation du problème
Nous nous intéressons à la somme infinie
1+41+91+161+251+361+⋯
que l'on peut noter avec plus de rigueur
N→+∞limn=1∑Nn21
ou encore
n≥1∑n21.
L'histoire du problème de Bâle (du nom de la ville suisse) remonte au XVIIe siècle, lorsqu'un mathématicien suisse du nom de Pietro Mengoli a énoncé que la série infinie des inverses des carrés n≥1∑n21 convergeait vers une valeur finie. Cependant, ce n'est que quelques décennies plus tard, au début du XVIIIe siècle, que le mathématicien suisse Jakob Bernoulli, qui vivait justement à Bâle, a étudié cette série de manière plus approfondie.
Bernoulli affirme que 1+41+91+161+251+361+⋯ converge vers 6π2. On ne considéra pas son résultat comme une preuve mais il a suscité un grand intérêt parmi les mathématiciens de l'époque car le lien entre cette série infinie et la constante π semblait à première vue improbable. C'est en cela que le problème porte le nom de Bâle.
En 1765, Euler, à l'âge de 28 ans, propose une première démonstration qui aujourd'hui nous paraît manquer de rigueur, mais n'oublions pas que toute la théorie sur les limites et la notion de convergence n'était pas encore établie à l'époque. Sa preuve le rend célèbre et lui apporte le respect de l'ensemble des mathématiciens européens.
Nous présentons dans cet article une preuve du problème de Bâle à l'aide d'outils disponibles en fin de terminale, mais dans laquelle les calculs sont toutefois assez complexes.
2Résolution du problème
Pour tout entier naturel n on définit les deux intégrales suivantes : In=∫0π/2cos2n(x)dx et Jn=∫0π/2x2cos2n(x)dx.
Property 1
Pour tout entier n on a : In=4n(n!)2(2n)!×2π.
Pour n=0, on a : I0=∫0π/21×dx=[x]0π/2=2π−0=2π.
Par ailleurs, pour n≥1, on obtient à l'aide d'une intégration par parties :
Nous venons d'obtenir une relation de récurrence qui va nous permettre de déterminer l'expression de In en fonction de n.
En effet :
I1=21I0=21×2π.
I2=43I1=43×21×2π.
I3=65I2=65×43×21×2π.
On remarque, en écrivant à l'aide d'un seul quotient ces égalités qu'au numérateur apparaît le produit des entiers impairs jusqu'à 2n−1 et qu'au dénominateur le produit des entiers pairs jusqu'à 2n.
On pourrait démontrer à l'aide d'une simple récurrence que pour tout entier n :
In=2×4×6×⋯×2n1×3×5×⋯×(2n−1)×2π.
On souhaite maintenant écrire le quotient 2×4×6×⋯×2n1×3×5×⋯×(2n−1) à l'aide de factorielles.
On remarque tout d'abord que pour obtenir 2×4×6×⋯×2n il faut multiplier chacun des facteurs de n!=1×2×3×⋯×n par 2.Or, il y a n facteurs dans n!, ainsi :
2×4×6×⋯×2n=2n×n!.
Pour obtenir le produit des nombres impairs consécutifs 1×3×5×⋯×(2n−1) il faut, dans l'écriture (2n)!=1×2×3×4×5⋯×(2n−1)×(2n) diviser par le produit des nombres pairs qui est égal à 2n×n!.
1×3×5×⋯×(2n−1)=2n×n!(2n)!.
On peut alors conclure :
In
=
2×4×6×⋯×2n1×3×5×⋯×(2n−1)×2π
=
2n×n!2n×n!(2n)!×2π
=
2n×n!(2n)!×2n×n!1×2π
=
2n×2n×n!×n!(2n)!×2π
=
4n(n!)2(2n)!×2π.
Property 2
Pour tout entier n,
In=−2n2Jn+n(2n−1)Jn−1.
On rappelle que In=∫0π/2cos2n(x)dx et Jn=∫0π/2x2cos2n(x)dx.
Nous allons ici utiliser deux intégrations par parties.
Property 3
Pour tout réel x∈[0;2π], on a x≤2πsin(x).
On définit pour tout x∈[0;2π] la fonction φ par φ(x)=2πsin(x).
On a alors : φ′(x)=2πcos(x) et φ′′(x)=−2πsin(x).
Puisque pour tout x∈[0;2π] on sait que sin(x)≥0, on a alors que sur cet intervalle φ′′(x)≤0 et la fonction φ est concave sur [0;2π].
En notant Cφ la courbe représentative de φ dans un repère du plan et A(0;0) et B(2π;2π) deux points de Cφ.
La corde (AB) a pour équation y=x et se situe en dessous de Cφ sur [0;2π] puisque φ est concave sur [0;2π].
Ainsi, pour tout x∈[0;2π], on a bien x≤2πsin(x).
Property 4
Pour tout entier naturel n, on a : Jn≤8(n+1)π2In.
Pour tout entier n on a :
Jn
=
∫0π/2x2cos2n(x)dx
≤
∫0π/22πsin(x)xcos2n(x)dx
En appliquant la propriété 3 à l'un des deux x de x2
≤
∫0π/24π2sin2(x)cos2n(x)dx
En appliquant la propriété 3 au deuxième x qui reste
≤
4π2∫0π/2(1−cos2(x))cos2n(x)dx
≤
4π2(∫0π/2cos2n(x)dx−∫0π/2cos2n+2(x)dx)
≤
4π2(∫0π/2cos2n(x)dx−∫0π/2cos2(n+1)(x)dx)
≤
4π2(In−In+1)
≤
4π2(In−2n+22n+1In)
d'après la relation démontrée dans les calculs de la propriété 1
≤
4π2×2n+2In
≤
8(n+1)π2In.
Property 5 n→+∞lim(2n)!4n(n!)2Jn=0.
D'après la propriété 4, pour tout entier n on a :
0≤(2n)!4n(n!)2Jn≤(2n)!4n(n!)2×8π2×n+1In.
En utilisant que In=4n(n!)2(2)!×2π (propriété 1), on obtient :
0
≤
(2n)!4n(n!)2Jn
≤
(2n)!4n(n!)2×8π2×4n(n!)2(2n)!×2(n+1)π
0
≤
(2n)!4n(n!)2Jn
≤
16(n+1)π3.
Puisque n→+∞lim16(n+1)π3=0, par encadrement de limites on a bien
n→+∞lim(2n)!4n(n!)2Jn=0.
Property 6 N→+∞limn=1∑Nn21=6π2.
En combinant les propriétés 1 et 2, on a, pour tout entier n :
4n(n!)2(2n)!×2π=−2n2Jn+n(2n−1)Jn−1.
On multiplie chacun des deux membres de cette égalité par (2n)!2×4n−1(n−1)!2 :
4n2π=(2n−2)!4n−1(n−1)!2Jn−1−(2n)!4nn!2Jn.
En notant, un=(2n)!4nn!2Jn, on a alors :
4n2π=un−1−un.
Ainsi, pour tout entier N≥1 :
n=1∑Nn21
=
π4n=1∑N4n2π
=
π4n=1∑N(un−1−un)
=
π4(u0−u1+u1−u2+u2−u3+⋯−uN)
=
π4(u0−uN)
=
π4(J0−(2N)!4N((N!)2)JN).
Or, nous savons que N→+∞lim(2N)!4N(N!)2JN=0, ainsi on a :
N→+∞limn=1∑Nn21=π4J0.
De plus, J0=∫0π/2x2dx=[3x3]0π/2=24π3. On peut alors conclure :