Histoire-Géographie
Document de travail — Séjour Tarragone & Barcelone 2026
I – Courte histoire de Tarragone
Au IIIe siècle av. J.-C., au moment des guerres puniques entre Rome et sa rivale Carthage en Afrique du Nord, Tarragone avait été le camp d'hiver du chef romain Scipion. Le mur de fortification de l'acropole date de cette époque. D'allure cyclopéenne dans la partie inférieure, la muraille fut reconstruite par les Romains en pierre de taille lorsqu'ils reconstruisirent la ville, sous le nom de Tarraco, avec le statut conféré par César lui de Victrix triumphalis (victoire triomphante).
La croissance démographique atteint alors 30 000 habitants et Tarragone est à la tête d'une vaste province romaine. Mais le plan romain est irrégulier du fait de la répartition de la population sur des terrasses qui descendent de l'acropole vers le port. En hauteur on trouve les temples consacrés l'un à Jupiter — comme à Rome sur le Capitole — l'autre dédié à Auguste et au culte impérial. Ensuite se situe le forum en forme de rectangle, encore observable sous les grands escaliers de la cathédrale. Cette dernière ayant été construite à la place du temple de Jupiter, comme ce fut le cas à Syracuse ou ailleurs.
Sur la terrasse inférieure, aujourd'hui occupée par les quartiers de la ville moderne, se trouvaient le cirque, le théâtre et les thermes, ainsi que les temples d'Isis et de Mithra ; au pied de la colline, près de la mer, il y avait un amphithéâtre. Dans les derniers temps de la civilisation romaine, une basilique chrétienne, hors les murs, voit l'essor d'un nouveau quartier juxtaposé à la ville antique.
De ces monuments il a peu subsisté, à l'exception de l'amphithéâtre, conservé en grande partie, et des nombreux éléments décoratifs conservés au Musée archéologique installé dans l'ancien prétoire. Cet édifice romain, situé sur le forum, est aussi connu sous les noms de palais d'Auguste et château de Pilate.
Aux environs de Tarragone on peut observer des vestiges importants. Le plus spectaculaire est l'aqueduc des Ferreras, dans la vallée du Francolí, à 3 kilomètres de la ville. Il fut restauré à l'époque musulmane, puis au XIXe s. Il a 26 mètres de hauteur et on suppose qu'il date de l'époque de l'empereur Trajan. La tour des Scipions est une construction romaine située à 6 kilomètres de Tarragone sur l'ancienne via Augusta. Cet édifice carré fut sans doute un monument funéraire. Plus éloigné de la ville, à 20 kilomètres, toujours sur la même route qui mène à Barcelone, s'élève l'arc de Bará, construit en pierre de taille à l'époque de Trajan. C'est un arc de triomphe qui commémore les victoires de l'Empire romain au moment de son apogée.
La ville est abandonnée pendant la présence arabe à Tarragone puis pendant deux cents ans après la reconquête chrétienne, mais à partir du XIIe siècle, un important repeuplement chrétien eut lieu sous la juridiction de l'évêque de Barcelone et archevêque de Tarragone, Oleguer Bonestruga, avec l'aide du mercenaire normand Robert Bordet, considéré comme le « prince de Tarragone ».
La situation se complique à la mort d'Oleguer, et une lutte de pouvoir s'engage entre la famille de Bordet et les nouveaux archevêques. C'est fréquent au Moyen Âge où le pouvoir de l'aristocratie et celui de l'Église s'affrontent souvent.
Tarragone réussit à consolider sa position de ville importante du territoire jusqu'au XIVe siècle, époque à laquelle elle commença à subir un grand déclin, causé par la peste noire qui cause la mort d'un Européen sur trois, mais aussi par la guerre civile catalane et le siège de la ville au XVe siècle.
La cathédrale de Tarragone
L'un des éléments les plus significatifs de l'architecture médiévale de Tarragone est sa cathédrale, construite sur la partie la plus élevée de la colline entre le XIIe et le XIVe siècle dans un style mêlant le roman et le gothique. Il convient de souligner la majestueuse rosace qui préside sa façade, ainsi que le retable principal, réalisé par le sculpteur catalan Pere Johan, entre autres œuvres d'art. Il ne faut pas non plus oublier son grand clocher de 70 mètres de haut, qui compte 15 cloches au total.
Les monuments principaux
La Cathédrale de Tarragone
Le monument médiéval le plus important de Tarragone est la cathédrale Sainte Thècle. Dédiée à la Vierge, l'édifice fut construit en 1171. Un cloître jouxte la cathédrale.
Le pont du Diable (aqueduc romain)
L'aqueduc romain, plus connu sous les noms de « pont du diable » ou « Aqueducto de les Ferreres » (aqueduc des Forgerons), se situe dans une épaisse forêt de pins. On dirait une copie du pont du Gard. Son état de conservation est remarquable, il culmine à 27 mètres. Le pont enjambe une vallée de ses deux rangées d'arches de pierres. Autrefois il alimentait en eau potable la grande ville romaine voisine de Tarragone.
Le cirque romain
Tarragone abrite un cirque romain. C'était l'édifice où se déroulaient les courses de chevaux et de chars. Il présente la particularité d'avoir été édifié à l'intérieur de la ville, fait qui lui donne des caractéristiques architecturales très particulières. Il est considéré comme l'un des cirques les mieux conservés d'Occident, bien qu'une partie de sa structure reste cachée sous d'anciens édifices du XIXe siècle.
L'amphithéâtre romain
Il est construit au IIe s. ap. J.-C. Il est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco et il est, avec la cathédrale, un des emblèmes de la cité.
La Rambla Nova
Promenade principale de Tarragone, les ramblas sont bordées de boutiques, restaurants et cafés. Il y a différents monuments présents sur cette grande allée, comme le monument aux Héros de Tarragone ou le monument à Roger de Llúria.
II – Barcelone et ses légendes
Barcelone est une ville où murmurent partout des histoires anciennes, souvent méconnues des visiteurs. Elles ajoutent une touche de mystère et de magie à cette métropole catalane.
La légende de La Barceloneta : Marta, la sirène des pêcheurs
La Barceloneta, ce quartier emblématique au bord de la mer, n'est pas seulement célèbre pour ses plages dorées et ses délicieux restaurants de fruits de mer. Elle est également le berceau d'une légende fascinante. Selon les histoires, Marta, une sirène d'une beauté envoûtante, vivait dans les profondeurs de la Méditerranée. Les pêcheurs, attirés par sa voix mélodieuse, la cherchaient sans relâche, espérant apercevoir cette créature mythique. On raconte que Marta offrait des conseils avisés sur les meilleures zones de pêche, mais à un prix : chaque fois qu'un pêcheur lui désobéissait, il perdait sa chance de revenir sain et sauf au port.
Cette légende a donné naissance à une tradition locale : chaque année, les habitants de La Barceloneta organisent un festival en l'honneur de Marta, célébrant la mer et ses mystères. Les visiteurs peuvent participer à des activités ludiques et découvrir des plats typiques qui rendent hommage à cette sirène légendaire. Qui sait, peut-être aurez-vous la chance d'entendre un jour sa voix en flânant au bord de la mer ?
Le mystère de la Cathédrale de Barcelone : Sainte Eulalie et son sacrifice
La cathédrale de Barcelone, un chef-d'œuvre de l'architecture gothique, est non seulement un lieu de culte, mais aussi le témoin d'une légende tragique. Sainte Eulalie, la patronne de Barcelone, est connue pour son courage et son sacrifice. Selon la tradition, elle a été martyrisée pour avoir défendu sa foi contre les autorités romaines. Les récits racontent qu'elle a été soumise à de terribles épreuves, mais sa détermination et sa foi inébranlable ont fait d'elle une figure emblématique de la ville.
Les visiteurs peuvent explorer la cathédrale et découvrir les statues et les vitraux qui racontent son histoire. Chaque année, une procession en son honneur a lieu, attirant des habitants et des touristes désireux de célébrer son héritage. Les histoires de Sainte Eulalie sont un rappel poignant de la résilience de Barcelone face aux adversités.
La Festa de la Mercè : célébration de la Vierge de la Mercè
La Festa de la Mercè, célébrée chaque année en septembre, est l'un des événements les plus attendus de Barcelone. Cette fête rend hommage à la Vierge de la Mercè, la sainte patronne de la ville. Pendant plusieurs jours, les rues s'animent avec des concerts, des spectacles de rue et des défilés colorés. Les habitants se déguisent en géants et en figures mythologiques, créant une atmosphère festive et conviviale.
C'est l'occasion parfaite de s'immerger dans la culture locale et de goûter à des plats traditionnels, comme les fameuses « panellets », des petites douceurs à base de pâte d'amande.
Folklore Catalan : un patrimoine culturel riche
Le folklore catalan est un trésor vivant qui enrichit la culture de Barcelone. Ses légendes, ses contes et ses traditions sont le reflet d'une identité forte et d'une histoire fascinante. Les mythes catalans, souvent empreints de magie et de mystère, révèlent une connexion profonde avec la nature et les ancêtres. De la figure emblématique du Caganer, une statuette traditionnelle que l'on retrouve dans les crèches de Noël, aux histoires des géants qui défilent lors des festivités, chaque élément du folklore catalan contribue à façonner l'identité locale.
Les mythes catalans ont une place spéciale dans le cœur des Barcelonais. Parmi eux, on trouve la légende de Roc de Sant Gaietà, un héros qui aurait vaincu un dragon pour sauver sa ville. Ce récit est souvent raconté aux enfants, leur inculquant des valeurs de bravoure et de solidarité. Les festivals locaux, tels que la Fête de Sant Jordi, célèbrent ces histoires à travers des défilés, des lectures de poésie et des échanges de livres et de roses. C'est une belle manière de perpétuer ces traditions et de renforcer le sentiment d'appartenance à la culture catalane.
Les quartiers historiques de Barcelone
Le quartier gothique : trésors architecturaux et récits historiques
Le quartier gothique est sans aucun doute l'un des endroits les plus captivants de Barcelone. Ses ruelles étroites, ses places cachées et ses bâtiments historiques racontent des histoires qui remontent à l'époque romaine. Plaça del Rei, où vous pourrez imaginer les rois catalans du Moyen Âge. En vous promenant, gardez l'œil ouvert pour les sculptures médiévales et les vitraux colorés qui embellissent les églises. Chaque pierre semble murmurer des secrets du passé !
El Raval et Gràcia : quartiers artistiques
El Raval et Gràcia sont des quartiers vibrants qui incarnent l'esprit créatif de Barcelone. El Raval, avec ses galeries d'art et ses cafés bohèmes, est le lieu idéal pour découvrir de nouveaux artistes. Flânez dans les rues et laissez-vous surprendre par les fresques murales colorées qui ornent les murs. Gràcia, quant à lui, est célèbre pour ses places animées et ses festivals locaux, comme la Fête de Gràcia, où les habitants décorent leurs rues avec des thèmes originaux. Ces quartiers sont pleins de vie et de surprises, et une visite ici est un véritable coup de cœur !
Monuments historiques de Barcelone
Barcelone est parsemée de monuments historiques qui sont autant de témoins de son riche passé.
La Sagrada Família
La Sagrada Família est sans conteste l'œuvre la plus emblématique de l'architecte Antoni Gaudí. Commencée en 1882, cette basilique unique est un chef-d'œuvre d'architecture moderniste. Gaudí a consacré les dernières années de sa vie à ce projet. Il a même été heurté par un tramway en 1926, laissant l'œuvre inachevée.
Le Parc Güell
Le Parc Güell est un autre joyau de Gaudí, où la nature et l'art se rencontrent. Conçu à l'origine comme un lotissement résidentiel, le parc est maintenant un espace public rempli de mosaïques colorées et de sculptures intrigantes. Une légende locale raconte que les bancs ondulés du parc sont inspirés par les vagues de la mer Méditerranée.
Festivals et événements culturels
La fête de Sant Jordi : traditions littéraires et florales
La fête de Sant Jordi, célébrée le 23 avril, est l'une des traditions les plus chères aux Barcelonais. Ce jour-là, les rues se remplissent de stands de livres et de roses, symboles de l'amour et de la culture. Les couples échangent des livres et des fleurs, et la ville se transforme en un véritable jardin fleuri.
La Fête de la Mercè
La Fête de la Mercè, qui a lieu en septembre, est le plus grand festival de Barcelone. Pendant plusieurs jours, la ville s'anime avec des concerts, des spectacles de rue et des défilés. Les castellers, ces incroyables tours humaines, sont un incontournable de cet événement. Les habitants se rassemblent pour admirer ces prouesses et encourager les équipes.
III – Barcelone et la guerre d'Espagne
La guerre civile entre les défenseurs de la République instaurée en Espagne en 1931 et les partisans du général Franco qui veut installer une dictature autoritaire va marquer les consciences juste avant la Seconde Guerre mondiale.
Entre 1936 et 1939, la guerre civile espagnole s'est traduite par des bombardements intensifs sur Barcelone, surtout à partir de 1938. Le conflit a pris alors une ampleur dramatique.
Les troupes nationales sont dirigées par le Général Franco d'un côté. L'armée de la République de l'autre. En 1938, suite au coup d'État militaire visant à renverser le régime républicain, l'Espagne est enlisée dans une violente guerre civile. Soutenue par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, l'armée du Général Franco a chassé les Républicains d'une large partie du territoire espagnol. Les hommes de Franco concentrent leurs efforts de guerre autour de Madrid, une partie de l'Andalousie et la Catalogne. Le gouvernement de la République est transféré à Barcelone qui devient de fait en novembre 1937 la capitale de l'Espagne.
Des vagues de bombardements (1938-39)
Quelques semaines plus tard, le 1er janvier 1938, un avion italien bombardera pour la première fois Barcelone dans la zone du port. Le 6 janvier, plusieurs S-81 italiens bombardent de nouveau Barcelone. Le lendemain plusieurs enfants trouveront la mort dans une école du quartier de la Barceloneta.
Le 8 janvier 1938, les frappes italiennes sont tombées sur les quartiers de Poblenou et Guinardó, faisant 18 morts, dont deux enfants.
L'armée italienne, pour soutenir les troupes espagnoles du général Franco dans sa conquête de l'Espagne, perdra toute limite le 19 janvier. 17 avions de type Savoia S-79 bombardent le centre-ville de Barcelone et le nombre de morts a dépassé le chiffre de 170. Selon les historiens Solé i Sabaté et Villarroya, c'était « sans doute le premier bombardement aérien de Terreur infligé à Barcelone pour le calendrier choisi, pour les endroits où les bombes sont tombées et pour le nombre de victimes qui ont été causées ».
Mais le pire restait encore à venir. Le 16 mars de la même année, des avions de la légion italienne décollent des bases espagnoles de Majorque à destination de Barcelone. L'armée fasciste italienne s'acharnera pendant trois jours sur Barcelone causant entre 880 et 1 300 morts ainsi qu'entre 1 500 et 2 000 blessés. Tous faisaient partie de la population civile dont 180 enfants qui perdront la vie pendant ces trois jours tragiques.
Des stigmates de ces bombardements sont encore visibles de nos jours sur la place Sant Felip Neri dans le quartier gothique. Pour autant la paix ne reviendra pas dans le ciel de Barcelone. Durant la dictature, la capitale catalane sera la cible de raids aériens venus de Madrid. C'est pour protéger les populations civiles que l'on érigera les bunkers, qui sont devenus aujourd'hui une attraction touristique, sur les hauteurs de la ville dans le quartier du Carmel.